Pourquoi avoir choisi cet instrument ?

Il s’agissait à l’origine d’un malentendu. Petit, j’étais persuadé que le violon se nommait violoncelle. Lorsque mes parents m’ont demandé ce que je voulais faire comme instrument j’ai donc répondu violoncelle en pensant au violon. En arrivant en classe de musique je ne m’attendais pas à voir ces gros instruments. Comme j’étais timide à cette époque, je n’ai pas osé dire que ce n’était pas ce que je souhaitais, mais j’ai très vite compris que le violoncelle serait l’instrument de ma vie.

Une passion en dehors de la musique ?

L’apiculture depuis une dizaine d’années, c’est un vieux rêve d’enfant. Je fais également de la peinture sur bois flotté.

Quelles sont les qualités que doivent avoir en commun un musicien et un apiculteur ?

L’écoute et l’observation. Lorsque l’on fait de l’apiculture il faut être très à l’écoute de ses abeilles. Par exemple, en hiver, je place l’oreille contre chaque ruche pour écouter le son qu’elles produisent. Un petit bourdonnement semblable à un petit moteur qui ronronne signifie que tout va bien. Si l’on entend rien, en revanche, ce n’est pas bon signe ! En été, une abeille qui va piquer produit un son de vol très particulier. Il est donc préférable de refermer la ruche. L’observation des floraisons et de la météo est également importante.

Un musicien doit avoir les mêmes qualités lorsqu’il joue en orchestre, puisqu’il doit être dans l’écoute et l’observation de ce que font les autres et de ce qu’il fait lui-même.

Un moment particulièrement émouvant à l’Orchestre ?

Les rencontres musicales en hôpitaux m’ont particulièrement marqué. Nous sommes allés, avec ma collègue violoniste, dans un service de grands prématurés. Nous avons vu un petit bébé tout rouge, les poings serrés. Lorsque nous avons commencé à jouer ses mains ont commencé à s’ouvrir. Un grand moment d’émotion en compagnie de la maman qui était toute émue. Grace à cette expérience je me suis dit que mon métier avait tout son sens.

Nous avons également joué dans un service de soins palliatifs. Un des patients était dans un état proche du coma, mais le médecin nous a demandé de tout de même jouer. A la fin du morceau cet homme a ouvert les yeux et fait un signe de croix.

Le programme dont vous rêvez ?

Je rêverais de jouer le concerto de chambre de György Ligeti qui est une œuvre de musique contemporaine magnifique et accessible pour tout le monde. Je pense qu’elle pourrait permettre aux gens de rentrer dans la musique contemporaine avec moins d’a priori.

Rêvez-vous parfois de musique ?

Il s’agit plutôt de cauchemars. J’arrive sur scène et commence à jouer un concerto qui n’est pas le même que celui joué par l’orchestre.

Un compositeur que vous auriez aimé rencontrer ? Pour lui dire quoi ?

Schubert. Pour lui dire que son quintette à deux violoncelles était une merveille. Schubert a souvent douté de lui-même et j’aurais aimé lui dire qu’il n’avait aucun souci à se faire !

Si vous aviez dû choisir un autre instrument ?

Pour tout l’or du monde je ne changerais pas. Nous avons tout dans le violoncelle, des graves magnifiques jusqu’aux aigus très riches en harmoniques.

Si vous aviez dû choisir un autre métier ?

Ma deuxième passion étant la nature, j’aurais beaucoup aimé travailler dans le domaine des eaux et forêts. Gérer un parc national, comptabiliser les arbres m’aurait beaucoup plu.

Si vous deviez conseiller une œuvre classique à une personne qui n’en a jamais écouté ?

Toute la musique de Vivaldi, par exemple La Stravaganza. J’ai vu peu de personnes insensibles à cette musique. C’est une excellente porte d’entrée.

Que diriez vous à une personne pour la convaincre d’écouter de la musique classique ?

D’aller aux concerts. De laisser les CD dans un carton et d’aller vivre la musique qui se crée sous ses yeux. Les gens sont plus touchés de voir quelque chose en direct.

La série que vous suivez en ce moment

Récemment Game of Thrones et Westworld. J’aime beaucoup les séries de SF.

Votre film favori

La vie est belle de Frank Capra.

Votre livre de chevet

Raboliot de Maurice Genevoix. Je l’ai lu en boucle lorsque j’étais jeune, en écoutant le concerto pour violoncelle de Dvorak.

La devise du musicien ?

Penser que l’on peut toujours progresser et être capable de s’ouvrir sur n’importe quelle musique, car les préjugés tuent la création.

Interview réalisée par Marion Brige pour l’ORN