Pourquoi avoir choisi le hautbois ?

Je l’ai choisi un peu par hasard. Au départ je voulais faire du piano à Lisieux. Les classes de piano sont souvent complètes, on m’a donc demandé de choisir un autre instrument en attendant qu’une place se libère. Il restait un basson et un hautbois, j’ai choisi le plus petit sans savoir ce que c’était. Après en avoir écouté cet instrument m’a beaucoup plu.

Votre lien avec l’instrument ?

Lors de l’achat j’ai le choix entre une dizaine de hautbois. Certains musiciens passent des heures à essayer les instruments. Je préfère aller très vite pour le choisir au premier contact. Spontanément il y en a un avec lequel je me sens à l’aise, avec lequel je sens de bonnes vibrations.

Lorsque vous n’êtes pas sur scène que faites vous ?

Je lis, je vais au cinéma et je fais du yoga ! Je donne des cours chez moi et dans une association de village, à une trentaine d’élèves de tous âges, essentiellement des femmes car en Europe le yoga est une pratique plutôt féminine. Je fais ça depuis une quinzaine d’années. A l’origine c’est un professeur de hautbois qui m’a conseillé d’en faire parce que j’étais très émotif, mes interprétations étaient souvent meilleures la deuxième fois que la première. Par la suite j’ai donné des cours de hautbois à des adultes dans une académie de musique de chambre. Parmi eux il y avait une flutiste amateure qui était professeure de yoga et qui a décidé de nous donner des cours le soir pour mieux supporter le rythme assez soutenu. Cela m’a convaincu et elle m’a indiqué une école qui s’ouvrait à Paris, le Collège National de Yoga, où je suis allé pendant 4 ans à temps partiel.

Quelles sont les qualités communes nécessaires à la pratique du yoga et de la musique?

Les deux se complètent, mais ce qui est primordial c’est l’attention, à ne pas confondre avec la concentration, qui implique une tension, une crispation. L’attention c’est être dans l’instant présent.

La pratique du yoga a t-elle influencé votre façon de jouer par la suite ?

Oui bien sûr. Mais il faut le pratiquer régulièrement, au moins 3 ans pour en ressentir les effets. J’ai senti quelque chose au niveau de ma respiration, je suis plus dans la résonnance du son que dans la projection. Avant j’étais trop dans la tension, je cherchais à projeter le son à l’extérieur, au dernier rang. Maintenant je joue plus en contrôlant, en négociant et en maîtrisant l’énergie.

Vous arrive-t-il de diffuser de la musique durant une séance de yoga ?

La pratique du yoga en musique est à la mode mais personnellement je trouve que c’est contraire à l’idée du yoga. Le yoga est une discipline corporelle et mentale. Il s’agit d’arrêter le flot des pensées et pour cela il faut être le moins possible sollicité par l’extérieur. Par contre à la fin d’un cours, lorsque l’on a terminé les postures et la méditation, je mets un peu de musique, quelque chose de lent, de planant, des mouvements très calmes, comme de la musique sacrée ou du Vivaldi par exemple.

Un moment particulièrement émouvant à l’Orchestre ?

Lorsque nous avons joué lors de l’enterrement de notre collègue violoniste, disparu il y a quelques années. Nous avons interprété une cantate de Bach et ce n’était pas facile de prendre du recul par rapport à notre tristesse.

Un compositeur que vous auriez aimé rencontrer ? Pour lui dire quoi ?

Franck Martin, un compositeur suisse du XXème siècle. J’aurais aimé lui demander comment il composait et comment lui venait l’inspiration. De grands artistes ou orchestres, comme la Philharmonie de Berlin, ont interprété et enregistré ses œuvres mais curieusement en France, en Italie et en Espagne il n’est pas très connu. C’est dommage car c’est une musique qui a du souffle, de l’inspiration. Au niveau harmonique c’est très spécial, on reconnaît tout de suite qu’il s’agit de Franck Martin. Il a écrit dans tous les domaines, parfois des choses assez drôles. Il a par exemple composé plusieurs œuvres pour piano sur le flamenco, initié par sa fille passionnée par cette danse. Il a également composé pour la guitare électrique, inspiré par son fils qui lui faisait écouter de la musique pop. Il était très ouvert d’esprit.

Rêvez-vous parfois de musique ?

Il m’arrive parfois de rêver du son idéal que je souhaiterais faire. Je pense l’avoir entendu une fois, par un de mes anciens professeurs, Pierre Pierlot, qui était soliste à l’Opéra de Paris. C’était un son rond, très chaud, qui donnait l’impression de planer au dessus de l’Orchestre, comme un nuage !

Le programme dont vous rêvez ?

J’aimerais rejouer La passion selon Saint Matthieu de Bach. En musique contemporaine il y a également beaucoup de choses intéressantes, comme Pierre Boulez. Nous avons la chance d’avoir un chef d’orchestre qui connaît très bien cette musique. J’aimerais bien faire une journée entière de musique baroque et contemporaine, où les deux seraient mises en rapport.

Si vous deviez conseiller une œuvre classique à une personne qui n’en a jamais écouté ? 

Il faut que ce soit une œuvre mélodieuse. Par exemple le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy que nous sommes en train de travailler conviendrait parfaitement. C’est quelque chose qui nous plonge dans une ambiance, on peut imaginer des lieux, des images, c’est très coloré, très sensuel.

Un rituel avant un concert ?

Si c’est un programme pour lequel je sais que je vais avoir le trac je fais des exercices de respiration de yoga, que l’on appelle pranayama. Il y en a deux ou trois qui fonctionnent pour moi. Je cherche un endroit calme et isolé et je fais ces exercices un quart d’heure avant le concert.

Un film préféré ?

Certain l’aiment chaud de Billy Wilder avec Marylin Monroe.

Un livre de chevet ?

L’Œuvre au noir de Marguerite Yourcenar, c’est un livre qui a été important.

La devise du musicien ?

« Jouez comme si c’était la dernière fois »

Interview réalisée par Marion Brige pour l’ORN